Rue Charlemagne, à deux pas du lycée, juste à gauche de l'entrée du passage Charlemagne, il y avait une petite boutique incontournable : celle de la mère Liautaud. C'était une petite librairie de rien du tout, un espace minuscule, mais quels trésors il contenait pour les lycéens ! La pièce était carrée et à droite un comptoir de bois séparait les clients des étagères murales où s'alignaient les bouquins. Derrière le comptoir, la mère Liautaud s'activait à son négoce. Souriante et toujours de bonne humeur, elle faisait toujours bon accueil à ses clients lycéens, qui le lui rendaient bien en lui laissant une bonne part de leur argent de poche ! Certes, on pouvait y acheter des livres de classe, mais il faut bien dire que notre préoccupation quotidienne ne résidait pas dans ces achats pédagogiques, scolaires et culturels, dont on laissait la charge aux parents !.... Nos envies étaient plus prosaïques. Chez la mère Liautaud, on pouvait acheter toutes sortes de confiseries, et d'abord le célèbre "caramel à un franc" (il s'agissait du franc d'avant 1960, c'est-à-dire du centime... J'avoue qu'il y a de quoi s'y perdre, maintenant qu'on est passés à l'euro !...) On trouvait aussi tout le reste chez la mère Liautaud : les boules de coco, les roudoudous, les Mistral, sortes de sachets en papier emplis d'une poudre acidulée et sucrée qu'on aspirait à travers un tuyau noir de réglisse... les chewings-gums, dont les fameux Globo, plaques roses très plates, de la taille de nos actuelles cartes de crédit !... Outre les confiseries, on allait aussi chez la mère Liautaud pour nos lectures de loisirs. On trouvait dans sa boutique un vaste choix dans ce domaine. On ne parlait pas de B.D. à l'époque. On appelait ça des illustrés ; la plupart venaient des éditions Artima, qui publiaient de nombreux titres : Tarou (l'homme de la jungle), Audax (avec les aventures de Bill Tornade), Météor (où je suivais les explorations inter-sidérales de trois héros : Spencer, Spade et Texas)... Parfois j'achetais d'autres titres : Pépito pour les aventures du Gouverneur La Banane ! Outre les illustrés, il y avait enfin les vrais livres, ceux qui racontent des histoires seulement par le texte, sans dessins... Dans ce domaine, on trouvait aussi un peu de tout chez la mère Liautaud : les aventures de Bob Morane, celles aussi de Nick Jordan, moins connues tout de même, chez Marabout junior... Un auteur avait aussi son heure de gloire à l'époque : Leslie Charteris avec les aventures de Simon Templar alias le Saint!.. En bonne place aussi chez Fleuve Noir : le fameux OSS 117 ! Il faut bien se distraire un peu après avoir traduit Salluste, César ou Ovide !... Par ailleurs, aux éditions Marabout Junior, il y avait des titres documentaires passionnants, certains dramatiques comme celui que j'ai lu à l'époque, consacré à la terrible catastrophe minière de Marcinelle, en Belgique, qui fit 262 morts le 8 août 1956... Comme quoi, on allait aussi chez la mère Liautaud pour des lectures sérieuses ! Il fallait que ce fût dit !.. C'est fait !...