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101 rue saint-antoine à paris...le lycée charlemagne que j'ai fréquenré d'octobre 1954 à juin 1961... que de souvenirs, que les lecteurs me permettront d'enrichir, peut-être !...

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Le blue-jean d'Origas

Il s'appelait Gérard Origas. Je ne sais plus trop en quelle classe il était avec moi. Je crois que c'était en troisième, en 1957/1958 donc. Qu'importe, ce n'est pas le sujet. Origas était petit, râblé, la démarche assurée, un peu nonchalante par une sorte d'affectation vaguement ironique qu'il mettait dans son allure, à la limite de l'insolence... Le type à l'aise, plus qu'à l'aise même : frimeur, quoi ! Et moderne avec ça ! Parfois il apportait des disques super-45 tours, qu'il montrait avec une fierté empreinte de suffisance ! Et il allait dans des surboums, qu'on appelait aussi des surpats : paraît qu'il y avait des filles, et qu'on pouvait les embrasser sur la bouche ! Enfin, c'est ce qu'il disait et on l'enviait... Son habillement était à l'avenant, résolument à la mode. Et tandis que j'allais au lycée dans des pantalons de bonne coupe que ma mère se faisait un devoir d'acheter chez Latreille, le "champion du beau vêtement" de la rue Saint-André-des-Arts, Origas mettait un point d'honneur à se vêtir à la pointe de la mode. Une mode décontractée, sportive, aux antipodes du classicisme d'alors. Mais il n'est pas toujours prudent d'être trop en vue dans ce domaine. Etre trop en avance sur son temps n'est pas toujours facile. Les nouveautés ne sont pas toujours acceptées et je me rappelle une petite anecdote qui serait impensable aujourd'hui. C'était pendant le cours d'anglais. Nous avions un prof au comportement exigeant, d'une politesse stricte. Il exigeait que nous portions une veste en classe. En toutes cironstances, par tous les temps. Et si, les derniers jours de juin, l'un d'entre nous s'avisait à tomber la veste pour cause de chaleur estivale, il se voyait vite rappelé à l'ordre ! Le prof le toisait longuement, un sourire ironique au coin des lèvres, puis d'une voix doucereuse et calme :

- dis-moi, mon garçon, tu as sans doute trop chaud, mais vois-tu, tu observeras que, pour ma part j'ai gardé ma veste ; je te prie donc de remettre la tienne !

C'est dans ce contexte rigoureux que l'ami Origas commit un jour une double imprudence. La première fut d'arriver au cours avec quelques minutes de retard. A l'époque, c'était une chose fort risquée qui pouvait entraîner facilement deux heures de retenue... mais bon, ça aurait pu encore s'arranger avec une excuse présentée avec humilité ! Mais Origas, ce jour là, avait commis l'impensable, l'irréparable : ll arriva en classe..... en jean !! Le pantalon des cow-boys ! On disait alors "un blue-jean" car on n'avait pas encore la manie de parler par monosyllabes ou par des raccourcis ; on prenait le temps de dire les choses complètement, on ne parlait pas encore le SMS !... Origas fit donc en classe une entrée très remarquée, et sa tenue interpella immédiatement notre prof d'anglais, toujours engoncé dans une politesse exquise et surannée. Le prof en oublia même le retard, ne s'attachant qu'à la tenue vestimentaire de notre camarade. Il l'interpella :

- dis-moi, mon garçon !...

Il ne nous appelait jamais par notre nom mais toujours par cette apostrophe : "mon garçon !" Ca donnait des phrases du genre : "... Alors, on n'a pas appris sa leçon mon garçon ?... Je te mets deux heures de consigne, mon garçon !".

Et donc, il questionna Origas :

- Dis-moi, mon garçon, tu vas à une cérémonie, ce soir ? Tu es invité à un mariage, peut-être ?....

Origas se demanda vaguement ce qu'on lui voulait, mais répondit avec son tranquille aplomb, que non, il n'allait nulle part, pourquoi ?

- mais parce que je vois que tu as mis un blue-jean ! Ce n'est pas correct, mon garçon ! Tu sors immédiatement de la classe et tu vas en permanence. Tu reviendras quand tu seras habillé correctement, mon garçon !

Et c'est ainsi que notre copain Gérard Origas, grâce à son "blue-jean", se retrouva peinard en salle de permanence à rêvasser, pensant peut-être à sa prochaine surboum avec plein de filles, tandis que nous, correctement vêtus, nous devions subir un cours de plus, un cours d'anglais qui ne nous servirait jamais. Car à cette époque, on ne nous apprenait pas l'anglais tel qu'on le parle dans les rues de Londres ; on nous faisait traduire Shakespeare !... Beaucoup plus inutile et donc tellement plus culturel !

 

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